Le XIIIe Sommet de la francophonie 2010
• Dans Al-Ahram Hebdo / Egypte L'OIF veut renforcer son influence politique
• Le timonier repart pour un tour
• Supplément spécial du 13e Sommet de la Francophonie
• Les maires de langue française à Lausanne
• Entretien : Abdou Diouf, secrétaire général de l'OIF
• La langue française, un idiome en plein chambardement
• Le XIIIe Sommet de la francophonie sera «convivial» et hautement sécurisé
L'ONU sous l'œil du site francophonu.org
Le site Internet de l'Association suisse des journalistes francophones est en service
Promesse tenue! En décembre dernier, le président de l'Association suisse des journalistes francophones, Daniel Favre, annonçait le lancement d'un site Internet pour surveiller l'usage du français dans les organisations onusiennes.
Lancée dans la foulée du Sommet de Montreux sur la Francophonie, l'idée a donc fait son chemin. La création du site a été confiée à Serisoftware, une société basée à Québec. Le nom de domaine retenu est francophonu.org. L'hébergement est assuré par une société suisse.
L'animation de cet espace virtuel dédié à la Francophonie a été confiée à Gorgui Wade Ndoye, correspondant du quotidien sénégalais Walfadjri et directeur de publication de ContinentPremier. Chargé de veiller au bon usage du français à l'ONU, ce dernier prend sa tâche très au sérieux. «L'idée n'est pas de combattre l'anglais mais de respecter l'esprit et la lettre de l'ONU qui est la diversité», explique Gorgui Wade Ndoye.
Le dessin de Mix & Remix qui habille la première page du site traduit l'état d'esprit de ses animateurs. Francophonu.org va se faire un malin plaisir de mettre le doigt là où ça fait mal: les communiqués qui ne sont pas traduits en français, les conférences de presse en anglais... Gorgui Wade Ndoye a été choisi par ses pairs pour sa capacité à mettre les pieds dans le plat. «C'était le professionnel que nous recherchions pour lancer et faire vivre notre nouveau site. Afin de voir la place du français dans les organisations internationales, dont l'ONU, nous prônons une approche journalistique: récolter des anecdotes, des récits, des textes pas ou mal traduits... Organiser des débats, provoquer des réactions...», explique Daniel Favre.
«J'avoue que le fait de devoir se battre pour faire respecter l'usage du français sur les terres de Rousseau et de Voltaire est incongru», soupire Gorgui Wade Ndoye. Lequel appelle les francophones qui travaillent dans les agences onusiennes à «sortir de leur complexe d'infériorité». «Il faut qu'on revienne à un équilibre entre le français et l'anglais», termine-t-il.
Alain Jourdan I Mars 2011
haut de page
Un poste d'observateur à l'ONUG.
AFRICALINK,
La voix de l'Afrique dans la diaspora / Janvier/Février 2011
haut de page
Une semaine pour célébrer le français 2011
Concerts, théâtre, cinéma, conférences: le programme de la 16e Semaine de la francophonie, qui se déroulera du 11 au 20 mars 2011 dans 27 villes du pays, est cossu. Pas moins de 90 événements sont prévus dans une septantaine de lieux de rencontre différents. Au menu de cette fiesta du français placée cette année sous le thème des «Solidarités»: une série de concerts du Franco-Suisse Nicolas Fraissinet et Boubacar Traoré, des rencontres avec des écrivains haïtiens et des artistes québécois.
Et à Fribourg? Un concert de Michel Bühler (le 17 mars), une soirée contes (le 19 mars), et le lancement de la nouvelle expo de l'Association Semaines de la lecture au Café du Tunnel. Ce «Cabinet des curiosités» présente les «monstres, figures étranges, objets excentriques et exotiques d'une langue française plaisante et redoutable à la fois», annoncent les organisateurs. «Du mot le plus tordu au mot le plus charmant, de la dorlotine aux 1001 mots romands pour dire la neige.»
slff.ch
haut de page

L'OIF veut renforcer son influence politique.
Initiative. En marge du sommet de Montreux, l’Association suisse de journalistes francophones a constitué un «Cercle international» pour examiner les problèmes de la profession et instituer la fonction d’«observateur» des usages linguistiques dans les institutions internationales.
Un cercle de presse aux aguets
Située sur les bords du lac Léman, entre Lausanne et Montreux, la commune de Cully a accueilli, quelques jours avant le début du Sommet de la Francophonie, des journalistes venus de 16 pays pour faire connaître et partager leur situation face aux grands défis qui se posent à la pratique quotidienne de leur métier. A l’initiative de l’Association suisse de journalistes francophones, les discussions ont conduit à dresser, du 18 au 21 octobre, des constats préoccupants auxquels s’est identifié l’ensemble des participants originaires du Canada, d’Europe, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et du Moyen-Orient.
En Suisse romande, où près de 1,5 million de personnes sont francophones (soit 20% de la population du pays) et où la distance entre communautés linguistiques s’est manifestée par d’âpres échanges au Parlement fédéral au moment de fixer le budget de l’organisation du sommet de la Francophonie, les débats ne pouvaient que commencer par la défense de la langue française, avec la formulation d’une exigence: celle que les institutions internationales mettent en oeuvre un véritable plurilinguisme. Pour en expliquer les enjeux, François Grin, professeur d’économie à l’Ecole de Traduction et d’Interprétation (ETI) de l’Université de Genève, est venu dénoncer l’oligarchie linguistique, qui, sous prétexte de favoriser le multilinguisme, contribue en réalité à un appauvrissement de la diversité et favorise dans la pratique l’usage de l’anglais, ou plutôt du « globish », cet anglais standard qui voudrait s’imposer comme lingua franca et constituerait une hégémonie d’une langue sur toutes les autres. Première concernée par la défense du multilinguisme au sein de institutions internationales, la France, qui imagine qu’une oligarchie de trois langues pourrait sauver le français « alors qu’il s’agit d’un piège servant à renforcer l’anglais », selon M. Grin, n’a pas manqué d’être dénoncée en raison de son aveuglement, voire de sa passivité. Au fil de la première journée, les discussions ont naturellement conduit à évoquer un parallèle entre perte de biodiversité et perte de diversité linguistique avec comme issue un monde uniforme et cauchemardesque, la surreprésentation des Anglo-Saxons dans la galaxie onusienne non sans rappeler le « complexe de Fachoda », du nom de la localité située dans l’actuel Soudan, où, en 1898, l’armée anglaise humilia un détachement colonial français en le contraignant à la retraite, sans même combattre.
Face à ce constat, l’Association suisse des journalistes francophones a annoncé la création d’un poste d’observateur des usages linguistiques au sein des organisations internationales de Genève, Bruxelles, New York et Addis-Abeba. L’initiative a d’ailleurs reçu l’approbation de l’Observatoire des langues de Bruxelles, celui de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) à Paris et de plusieurs fonctionnaires responsables du secteur au Palais des nations à Genève. La tâche sera confiée à un journaliste chargé de créer un site Internet qui recueillera des informations, témoignages et anecdotes sur les pratiques linguistiques.
Discussions élargies
Ponctuées par des rencontres avec la rédaction de l’émission quotidienne Forum sur la Radio Suisse Romande (RSR) ou encore le magazine L’Illustré dans le canton du Valais, les discussions se sont élargies à l’indépendance des médias et l’intégration des nouveaux moyens de communication grâce à des intervenants venus d’autres publications francophones suisses comme La Liberté et Le Temps. Avec au menu la description des tentatives d’exploitation de la faiblesse financière des médias, qui influent sur la déontologie journalistique : volonté des annonceurs de placer de la publicité ressemblant à du rédactionnel, livraison clés en main d’articles payés par des annonceurs. Cela implique d’inévitables changements dans l’exercice du métier, mais avec une notion essentielle à sauver, la transparence, qui permet au lecteur de déterminer le travail fourni par le journaliste. En Afrique, où règne le «journalisme alimentaire» comme l’ont rappelé les participants du Burundi et du Sénégal, la sauvegarde de la liberté de la presse passe par des journalistes correctement payés et rassurés sur leur avenir. Cela implique la fin des enveloppes distribuées à l’issue des conférences de presse.
Avec l’autre préoccupation évoquée, celle de l’utilisation de l’Internet comme support de diffusion de l’information, la question du financement est encore une fois centrale. Aucun modèle n’est à ce jour concluant, même si une tentative suisse, le Bondy Blog, de déplacer le journalisme vers le récit du blog, a rencontré un certain succès pour décrire de l’intérieur la situation explosive des banlieues françaises. Mais là se pose le problème de la défense des valeurs éthiques du métier de journalistes et le contrôle de l’information. Un point sur lequel tous les participants se sont montrés soudés et confiants de la valeur de leur travail en cette période de transition des métiers de l’information, ils n’ont pas manqué de mentionner que jamais dans l’histoire, l’apparition d’un nouveau média n’en a éliminé un autre.
Les réactions aux thèmes choisis pour cette rencontre, qui touchent les points sensibles du journalisme actuel, ont été nombreuses. Et elles se poursuivront, puisque ce jeune «Cercle international» doit tenir des réunions régulières pour maintenir l’état d’alerte.
I 27 octobre 2010 I Taïmour Hubert
haut de page
Le timonier repart pour un tour
Langue Française Le Sénégalais Abdou Diouf est assuré de prolonger son règne à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Plébiscite en vue au Sommet de Montreux
Elu dans un fauteuil. A l'occasion du prochain Sommet de la Francophonie, du 20 au 24 octobre à Montreux, Abdou Diouf va sans aucun doute connaître le doux frisson d'un 3e mandat à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Au terme d'une discrète campagne, sanctionnée par une récente prise de position du parrain français, l'actuel secrétaire général (75 ans) va rempiler pour un poste que personne sauf exception n'ose lui contester. Difficile, en effet, de trouver des détracteurs officiels au très consensuel ancien président. A l'exception de quelques articles dans la presse africaine, rien ou presque pour faire de l'ombre à sa statue! Dès qu'on prononce son nom, c'est plutôt une noria de louanges, avec mention summa cum laude, pour un homme dont le principal trait de caractère est, selon lui-même, «l'humilité».
Etranger à la gloire
Alors que s'esquisse sa 2e réélection à la tête de l’OIF, Abdou Diouf confiait récemment à l'agence Swissinfo: «Je n'aime pas les actions d'éclat. Je n'aime pas le conjoncturel factice. Le cosmétique. Ce qui m'intéresse, c'est la profondeur, le structurel. Mais l'ambition, la gloire personnelle, ne m'intéressent pas. Même la trace que je peux laisser dans l'Histoire ne m'intéresse pas».
Le paradoxe a voulu qu'un homme aussi désintéressé cumule depuis plus de 40 ans les plus hautes fonctions et les honneurs qui les boutonnent. Successeur désigné du fameux président Léopold Senghor, Diouf a connu un long règne à la tête de l'Etat sénégalais (19 ans président). Mais contrairement à nombre de ses collègues africains, l'homme battu à la présidentielle de 2000 reconnaît alors sa défaite et transmet en douceur le pouvoir à Abdoulaye Wade.
Modèle démocratique
Le fait est que Diouf, suivant en cela Senghor, a fait de son pays un modèle démocratique pour l'Afrique: pluralisme intégral, libéralisation de l'économie, décentralisation, liberté de la presse. Seul échec, la question de la rébellion en Casamance, dossier qu'il n'a pu résoudre sous sa longue présidence (un accord de paix a été signé en 2003). Arrivé en France après sa défaite, Diouf a été rapidement sorti de sa retraite par Jacques Chirac qui l'a sollicité pour reprendre le gouvernail de l'OIF. Ce qui fut fait en 2002, avec sa reconduction à l'unanimité (2006) au poste de secrétaire général. Il y a deux ans, l'homme qui lit à la fois la Bible et le Coran confiait une certaine lassitude avant de se relancer, cette année, sur les rails d'un 3e mandat.
Un candidat unique
Médiatiquement, le prolixe Diouf est seul au monde. Aucune n’ombre à l'horizon pour l'empêcher de remonter à la barre de l'OIF, si ce n'est celle d'une femme. L'écrivaine franco-camerounaise Calixthe Beyala a en effet annoncé, ce printemps, sa volonté de se porter candidate au poste de Diouf. Critiquant l'orientation trop politique de l'OIF Beyala s'est distinguée, dans le passé par ses critiques contre la sous-représentation des minorités à la TV française.
La messe, toutefois, semble d'ores et déjà dite. Le 3 juin dernier, Jean-Pierre Raffarin, représentant personnel de Nicolas Sarkozy pour la Francophonie, l'annonçait tout haut: Paris veut que Diouf rempile pour un nouveau mandat, car celui-ci «apporte à la Francophonie sa hauteur de vue, sa culture et sa grande détermination». En coulisses, dit-on, l'enjeu serait d'obtenir, comme en 2006, une réélection à l'unanimité des 56 pays ou gouvernements membres de l'OIF.
Une image négative
Mais cette prolongation au-delà d'un second mandat porte en soi sa critique: un côté «président à vie», image négative d'une certaine tradition africaine. «Il considère la Francophonie comme son dû», s'insurgeait récemment un internaute sur le site Agoravox. Et d'enchaîner: «A qui veut-il prouver qu'il est l'homme de la situation alors qu'il est plutôt en fin de cycle, largué, peu inspiré et décidément hors jeu, d'autant plus qu'il n'a pas réussi à apporter cette impulsion salutaire qui pouvait faire de ce géant endormi qu'est la Francophonie, un réel outil de communication, à l'image du Commonwealth...»
Rompu au consensus
Honoré en Occident, considéré comme l'essence de ce qu'il s'est fait de mieux en Afrique, Abdou Diouf a même été pressenti, en 1991, pour devenir secrétaire général de l'ONU. Défenseur résolu de la langue et de la culture française, il est aussi un homme public sur lequel la critique ne semble pas avoir prise. Même les questions les plus épineuses trouvent solution aux yeux de ce diplomate rompu au consensus.
Musulman, marié à une catholique et avec une belle-fille juive, il a pour habitude de dire: «Je suis la maison d'Abraham à moi tout seul!» A lui seul, il symbolise la diversité culturelle de la Francophonie. Sur la question de l'islam, comme sur d'autres, son sens du dialogue culturel suinte à chaque phrase. «La langue française n'est pas en déclin dans le monde», argumente-t-il sans cesse, tout en insistant sur son combat à faire respecter l'utilisation du français dans les organisations internationales.
De Gaulle, un modèle
Idem pour les droits de l'homme et la question de la démocratisation en panne de certains Etats membres de l'OIF: pas un échec, juste une pression que doit maintenir l'OIF Jamais baisser les bras donc. Et pour cause: au journaliste qui lui demandait un jour à qui il aurait aimé ressembler, le président au long cours et de haute taille répondit derechef: Charles de Gaulle...
Paroles de Diouf
Vivre la diversité: «La Francophonie est un laboratoire de la diversité et de la solidarité: nous accueillons à la fois deux pays du G8, 15 membres de l'Union européenne, des pays émergents et d'autres parmi les plus pauvres».
Défendre la langue: «En défendant la place de notre langue, nous nous mobilisons aussi pour accroître la place de toutes les autres langues dans l'espace linguistique mondial. Une seule langue, cela signifie une seule vision du monde.»
France-Afrique: «J'étais de ceux qui pensaient que nos Etats devaient accéder à l'indépendance dans le cadre de la Fédération de l'Afrique occidentale française ou de l'Afrique équatoriale française. Imaginez ce que cela aurait donné aujourd'hui, en terme de puissance économique!»
I jeudi 7 octobre 2010 I Pascal Baeriswy l
haut de page
Supplément spécial
du 13e Sommet de la Francophonie
I Mercredi 13 octobre 2010
haut de page
Les maires de langue française à Lausanne
«Villes et universités au service du développement local» sera le thème de l'assemblée générale de l'Association internationale des maires francophones (AIMF), les 20 et 21 octobre. En marge du Sommet de Montreux, 400 délégués des villes se rencontrent au bien nommé Learning Center de l'EPFL.
Excepté Genève et Lausanne, déjà membres de l'AIMF, toutes les villes romandes ont été invitées à y adhérer. Seuls candidats, Nyon et Vernier seront admis dans quinze jours, alors que La Chaux-de-Fonds hésite encore, a précisé le «maire» de Lausanne.
«Un réseau des universités francophones devrait naître. Cela se prépare», affirme le syndic Daniel Brélaz, rappelant que Zurich et Lausanne appartiennent au réseau des Unis anglophones. Le 21 octobre, le recteur de l'Université de Lausanne (Unil), Dominique Arlettaz, participera bel et bien à une réunion officielle dans le cadre de l'assemblée de l'AIMF, vu le thème choisi.
En revanche, il dit ignorer de quoi parle Daniel Brélaz. Selon Dominique Arlettaz, aucun réseau des universités de langue française ne se mijote dans les coulisses académiques: «L'Unil a des relations internationales avec tous les coins de la planète. Ce n'est pas un besoin de resserrer les liens avec les universités francophones. Mais bien sûr plusieurs branches de notre Faculté des lettres a des relations avec d'autres facultés francophones»
«Un réseau n'a de sens que si l'on sait ce que l'on en fait, poursuit le recteur. Les réseaux auxquels l'Unil appartient sont indépendants de la langue. Je n'ai rien contre la participation de Lausanne - un jour - à un réseau francophone, mais il n'y a rien de spécifiquement francophone qui se prépare aujourd'hui.» L'Unil appartient par exemple à un sous-ensemble des «pays d'expression latine» au sein de l'Association des universités européennes, relève enfin Dominique Arlettaz. Là non plus, rien de purement francophone.
I Vendredi 8 octobre 2010
haut de page
ENTRETIEN
Bienvenue en francophonie!
Abdou Diouf,
secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, ouvrira
le XIIIe Sommet de Montreux à la fin du mois.
Rencontre.
«Le français
doit continuer à véhiculer des valeurs»
Avant la tenue du sommet de la francophonie à Montreux, du 22 au 24 octobre, Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dresse un état des lieux très positif de l’idiome parlé par plus de 200 millions de personnes. Rencontre.
Comment se porte la francophonie aujourd’hui?
Très bien! Elle est en expansion. Nous progressons dans la qualité de nos interventions, dans la part réservée aux programmes, dans la gestion, la créativité. La francophonie n’est pas qu’une organisation internationale, mais également une communauté de langue et de valeurs, sur les cinq continents. Il y a quatre ans, nous avions compté 200 millions de locuteurs francophones dans le monde. Le rapport qui va sortir parle de 220 millions. Les apprenants sont aux environs de 110 millions. Beaucoup de personnes veulent apprendre le français et nous n’avons pas suffisamment de moyens pour répondre à cette demande.
Cette question d’éducation est l’un des combats de l’OIF?
Si nous voulons que le français garde une place comme véhicule, mais aussi comme valeur, nous devons mettre davantage l’accent sur l’éducation. D’où l’un de nos projets pilotes les plus importants: l’initiative de formation à distance des maîtres primaires. Car tout se jouera au niveau de l’éducation de base. C’est un projet important que nous avons déjà expérimenté avec succès au Burundi et au Bénin.
Mais cette formation à distance n’est-elle pas une manière d’uniformiser la langue?
Non, vraiment. Nous voulons créer une dynamique dans le système éducatif francophone. Un point très important est l’enseignement en contexte multilingues. Dans les pays du sud, il y a beaucoup de langues nationales qui ne doivent pas être perdues. Nous avons constaté que lorsque l’alphabétisation se fait en partant de la langue nationale, puis en passant au français, l’élève est davantage ouvert d’esprit et obtient de meilleurs résultats au bout du compte. Mais beaucoup de parents pensent que leurs enfants doivent apprendre le français dès leur entrée à l’école, sinon leur avenir sera compromis.
«Nous devons mettre davantage l’accent
sur l’éducation»
Ces projets sont faits sur mesure pour ces pays, mais que peut apporter l’OIF aux pays européens?
Nous offrons un programme de formation aux fonctionnaires. Dans l’Union européenne, sur vingt-sept Etats membres, quinze font partie de l’OIF. Ces pays-là ont besoin de beaucoup de fonctionnaires francophones. Nous avons un programme d’apprentissage qui s’adresse aux diplomates, juristes, journalistes, soit 12 000 personnes par an.
Et pour la Suisse?
Oh mais vous, la Suisse, vous n’avez pas de problème. Dans l’immédiat, vous êtes plutôt contributeurs que demandeurs de programmes.
Alors quel est le rôle de la Suisse?
D’abord, vous êtes un exemple. Si on devait résumer la francophonie en quelques mots, on dirait partage de la langue, solidarité et diversité. Et vous, vous êtes un exemple de diversité. Vous avez quatre langues et vous vivez harmonieusement. La Suisse a été l’un des trois pays fondateurs de TV5 Monde. Lorsque la chaîne a été menacée au niveau de sa multilatéralité, vous vous êtes prononcés très fortement en faveur du caractère pluriel! Je me rends compte que tout le peuple est mobilisé derrière son gouvernement pour que le sommet de Montreux soit un grand succès.
L’OIF fête ses quarante ans cette année, qu’est-ce qui a été réalisé et que reste-t-il à accomplir?
Pour ne citer qu’un exemple, entre 1989 et aujourd’hui, l’OIF a aidé à produire 1700 films. Combien de crises avons-nous aidé à résoudre, et surtout, combien en avons-nous évitées! La prévention est la chose la plus ingrate, mais la plus utile. Le temps, l’argent et l’énergie que vous mettez à prévenir sont mille fois moins importants que si vous laissez la crise éclater. Et vous pouvez même ne jamais réussir à la résoudre. Nous faisons en sorteque les crédits que nous avons soient toujours plus consacrés aux programmes qui bénéficient directement aux populations plutôt qu’au fonctionnement de notre organisation. Et le sommet de Montreux nous permettra de prendre un nouvel envol vers l’avenir.
Un envol vers quoi?
Votre pays a trouvé un très bon thème de discussion: «Défis et visions d’avenir» décliné en plusieurs thématiques. On parlera aussi de la langue française, qui est notre ciment, l’âme de notre organisation. Nous ne pouvons pas prétendre nous développer si le lien qui nous unit se distend.
C’est la participation à tous les niveaux (culturel, littéraire, politique…) qui différencie un sommet de la francophonie d’un G8 ou d’un G20?
La francophonie n’est pas une organisation spécialisée dans les problèmes économiques comme le G20. Nous brassons plusieurs missions, dans le domaine politique, mais aussi dans la coopération, les nouvelles technologies, le développement local... En ce sens, le secrétaire général joue son rôle d’avocat auprès des pays bailleurs de fonds de notre organisation. A chaque fois qu’il y a une réunion du G20 et du G8, j’interviens avec mon collègue du Commonwealth, nous écrivons aux chefs d’Etat, ou nous faisons une tribune commune dans les journaux. Comme nous l’avons dit: il faut que le G20 se préoccupe des problèmes du monde. C’est notre rôle de dire: «Attention, les pays du sud ont besoin de ceci ou cela.»
Mais vous ne représentez pas non plus toute la terre!
Nous sommes représentatifs de l’opinion publique mondiale. Nous avons une légitimité à dire quels sont les problèmes des pays du sud. Nous ne représentons pas toute la terre, mais pensez, nous avons 70 membres, le Commonwealth 54 (dont 11 pays en commun).
C’est cette légitimité en tant qu’opinion publique mondiale qui vous permet de lancer des appels à la retenue, par exemple au Liban cet été suite aux échanges de tirs entre forces libanaises et israéliennes?
C’est notre rôle. A chaque fois qu’il y a des menaces dans un pays membre, nous intervenons. Le Liban est dans une situation géopolitique difficile. La vocation de la francophonie est d’être un catalyseur, ce qui fait notre légitimité à intervenir indirectement, car nous n’avons pas de troupes militaires ou sécuritaires. Mais nous pouvons mobiliser nos Etats, pour qu’ils soient présents lorsqu’il s’agit du destin de l’un de nos pays les plus faibles.
Vous allez aussi prendre position par rapport à ce qui se passe avec les Roms, à quelques kilomètres d’ici?
Non. Nous n’avons pas à intervenir dans les polémiques nationales, ce n’est pas notre problème. Vous ne m’avez pas entendu dans la polémique des minarets chez vous. J’interviens quand les bases de l’Etat sont menacées, quand l’indépendance, l’Etat de droit ou les droits de l’homme sont massivement violés.
L’interdiction du port de la burka entrerait dans ce contexte?
Non. Au Sénégal, il y a 95% de musulmans et le problème ne se pose pas, il n’y a pas de burka. Cela n’a rien à voir avec l’islam. Je suis un laïc, qui dirige une organisation laïque, je ne me mêle pas de ces polémiques-là.
Vous êtes laïc, mais vous avez tout de même votre religion personnelle…
Bien sûr, je suis musulman pratiquant, mais c’est mon affaire personnelle. Ma femme est une fervente catholique. Notre foyer est harmonieux. J’ai une belle-fille juive. J’ai l’habitude de dire que je suis la maison d’Abraham (il énumère les différentes croyances de ses enfants, beaux-enfants, petits-enfants).
Pourquoi chez vous le mélange des religions fonctionne, mais pas dans certaines familles ou certains pays?
Je pense que les gens ne vivent pas l’esprit de la religion. La Bible dit: «L’esprit vivifie et la lettre tue.» Les gens s’attachent trop à des interprétations restrictives de la religion au lieu de voir le côté tolérant, l’amour, la miséricorde. On voit toujours ce qui divise et cela crée des problèmes dans le monde. Je n’ai rien en commun avec ceux qui provoquent des attentats au nom de l’islam. Je considère que la religion que je pratique est une religion de paix et de non-violence.
Vous arrivez à la fin de votre deuxième mandat et vous êtes déclaré disponible pour un troisième. Qu’est-ce qui vous motive encore?
Pour moi, cela devait être mon dernier mandat, même si la charte me permet de me représenter. Des voix se sont élevées pour me demander de continuer pour parachever un certain nombre de dossiers de l’organisation. J’ai exprimé ma disponibilité pour continuer à servir.
Etre premier ministre, président et secrétaire général de la francophonie, c’est trois vies différentes ou une succession de fonctions?
Franchement, dans mon cas, les postes de gouverneur de région, premier ministre, président, se sont succédé. Quand j’étais à la tête du Sénégal, j’écoutais puis je tranchais. Mais être secrétaire général de la Francophonie, c’est vraiment une autre vie. Bien sûr mon expérience m’a servi. Mais cela ne demande pas les mêmes qualités: il faut davantage de patience, de compromis, savoir trouver le dénominateur commun quand plusieurs opinions s’expriment et avoir un effet de mobilisation.
Et comment apprend-on à passer de l’un à l’autre?
Ah ça! L’intelligence humaine peut s’adapter à toutes les circonstances. J’ajouterais que j’ai la foi. A chaque décision importante, je prie. Mais ça, c’est ma vie.
Abdou Diouf Bio express
7 septembre 1935: naissance d’Abdou Diouf à Louga, Sénégal.
1960: il obtient le brevet de l’Ecole nationale de la France d’outre-mer, après des études de droit, et commence une carrière de haut fonctionnaire.
1963: il devient directeur de cabinet du président Léopold Sédar Senghor et passe par divers postes au sein de son administration.
1970: Abdou Diouf est nommé premier ministre, un poste qu’il occupera durant onze ans.
1981-2000: il succède à son mentor à la présidence de la République du Sénégal, préside par tournus l’Union africaine et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
2002: il est élu secrétaire général de l’Organisation de la francophonie, réélu en 2006, et disponible pour un troisième mandat cet automne.
I N° 40 I 4 octobre 2010 I Propos recueillis par Mélanie Haab
haut de page
La langue française, un idiome en plein chambardement
LAUSANNE • Honoré par l'UNIL,
Abdou Diouf lance les Etats généraux du français en Francophonie,
préambule au Sommet de Montreux.
La langue de Molière était à l'honneur, hier lors du Dies academicus de l'Université de Lausanne. C'est à cette occasion qu'ont été lancés les «Etats généraux du français en Francophonie», qui préfigureront le XIIIe Sommet de la francophonie. L'événement se tiendra du 22 au 24 octobre prochain à Montreux et fêtera le 40e anniversaire de l'Organisation internationale de h francophonie (0IF).
Cette cérémonie inaugurale a été marquée par la distinction décernée à son secrétaire général, le Sénégalais Abdou Diouf (lire ci-dessous). Un aréopage était aussi présent: Pascal Couchepin, l'ambassadeur Jean-François Paroz (commissaire à l'organisation du sommet), le conseiller d'Etai Philippe Leuba et le syndic lausannois Daniel Brélaz.
«Pas un monolithe»
A travers une quinzaine de manifestations réparties sur cinq lieux de Suisse romande (Genève, Lausanne, Neuchâtel, Fribourg et Chillon), ces Etats généraux ont pour but d'engager une réflexion collective sur les enjeux sociaux, culturels, économiques et scientifiques liés à notre langue.
Il s'agira ensuite de «dégager des orientations scientifiques et sociales fortes», explique Laurent Gajo. A la tête du comité de pilotage, ce professeur en linguistique dessine quatre orientations thématiques pour les futurs débats: le corpus de la langue (les multiples manières de la parler); sa signification sociale; son enseignement (et son apprentissage) et enfin, son «aménagement» (comment rendre la langue accessible à travers les moyens technologiques actuels).
Le fruit de ces débats sera consigné dans un Acte final qui servira de vade-mecum au Sommet de l'OIE Une cérémonie de clôture aura lieu au château de Chillon.
Partagée par quelque 200 millions d'individus sur les cinq continents, «la francophonie n'est pas un monolithe, ni un monde clos, ni un territoire que nous chercherions à circonscrire», comme le dit Gérard Sznicer, qui a codirigé avec Katia Malausséna la publication d'un livre* présenté hier. Dans sa polyphonie, la diversité de ses expressions et ses accents, elle renvoie au contraire à un «carrefour de langues», explique-t-il.
Reste que dans un monde globalisé, archidominé par l'anglais, notre idiome est confronté à d'importants défis. Bien qu'étant une des deux langues officielles de la diplomatie, le français est de moins en moins utilisé. Un déclin que la Francophonie n'a pas su enrayer. «Seuls deux pays ont donné des directives à leurs diplomates sur l'utilisation du français dans les instances internationales: la France et le Canada. Je regrette que la Suisse ne l'ait pas fait», dit Didier Berberat.
Pour le conseiller national neuchâtelois, qui préside par ailleurs une commission thématique de l'Assemblée parlementaire de la francophonie (APF), l'OIF doit aussi s'emparer du problème de la non-reconnaissance des publications scientifiques en français, seules celles en anglais faisant foi. Enfin, Didier Berberat espère que le Sommet de l'OIF s'engagera à relancer la Convention de l'Unesco sur la diversité des expressions culturelles, dans le sens d'une intensification des rapports Nord-Sud et Sud-Sud.
TV5 Monde à Montreux
Pour affirmer ses valeurs, la Francophonie dispose au moins d'un atout de taille: diffusée dans plus de 200 millions de foyers sur les cinq continents, TV5 Monde est devenue un des trois plus grands réseaux de télévision de la planète. Présente cet automne à Montreux, la chaîne fondée par les télévisions publiques des pays de la francophonie retransmettra l'intégralité du sommet.
"Traversées francophones" ouveage collectif,
Ed. Suzanne Hurter, Genève
Abdou Diouf : le «refus d’une langue unique»
Pour le secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf, la journée d'hier revêtait une importance toute particulière. Préalablement au lancement des Etats généraux du français en Francophonie, il s'est vu décerner à Dorigny le titre de docteur honoris causa de la faculté.
C'est la première fois que l'ancien président du Sénégal, intellectuel engagé, est ainsi distingué par une université helvétique. Remerciant l'Alma mater lausannoise («ce haut lieu où souffle l'esprit»), il a également salué l'engagement des universités romandes, ainsi que de la société civile, en faveur des Etats généraux. Puis, à contre-pied d'un certain sentiment de déclin, il a rappelé l'importance du français au niveau international.
«L'influence d'une langue ne se mesure pas au seul langage des chiffres. La langue est à la fois le véhicule de la pensée et le reflet des cultures et à cet égard, la Francophonie peut être fière du combat qu'elle mène en faveur de la diversité culturelle et linguistique. Parce qu'elle refuse l'impérium d'une langue unique, parce qu'elle se bat contre un monolinguisme porteur d'un appauvrissement culturel certain, l'influence intellectuelle de notre langue française dans le monde reste très importante.»
I 05.06.2010 I Arnaud Crevoisier
haut de page
Le XIIIe Sommet de la francophonie sera «convivial» et hautement sécurisé
MONTREUX • La sécurité absorbera le tiers du
budget du sommet, fixé à 30 millions de francs. Le commandant de la police vaudoise, Jacques Antenen, pilotera les opérations.
En tant que pays hôte, la Suisse veut faire du XIIIe Sommet de la francophonie un événement «convivial», a déclaré hier à Montreux la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Le budget de la manifestation a été resserré afin de respecter le cadre imparti par les Chambres, qui n'ont accordé que 30 millions sur les 35 demandés par le Conseil fédéral. «Aujourd'hui, la question financière ne se pose plus», a affirmé Micheline Calmy-Rey.
Gouvernance mondiale
Aux côtés du président du Gouvernement vaudois Pascal Broulis, du syndic de Montreux Pierre Salvi et de son homologue lausannois Daniel Brélaz, la conseillère fédérale a présenté hier les préparatifs du sommet, qui se déroulera du 22 au 24 octobre à Montreux. On y attend 70 chefs d'Etat représentant les 56 pays membres de l'Organisation internationale de la francophonie et les 14 pays observateurs. Premier objectif: définir comment la Francophonie peut peser sur la gouvernance mondiale, notamment dans la perspective du Sommet du G20, prévu en novembre en Corée du Sud.
A côté de la convivialité, l'autre maître mot du sommet sera à n'en pas douter la sécurité. A lui seul, ce volet absorbera dix millions de francs, soit un tiers du budget de la manifestation. Au départ, le dispositif sécuritaire était évalué à 13,5 millions, mais il a été revu à la baisse suite au coup de rabot des Chambres fédérales. «Le budget a été recalibré en fonction du risque», a commenté Pascal Broulis. En aparté, le président du Gouvernement vaudois précise que les dépenses à la charge du canton seront minimes.
L'engagement des forces de police, de la protection civile, de la brigade du lac et d'un service d'urgence médicale devrait coûter 7 millions de francs. Le renfort de l'armée est devisé à quelque 3 millions. Sur place, les gendarmes vaudois seront épaulés par les agents municipaux de Police Riviera. La police genevoise assurera la sécurité des chefs d'Etat à leur arrivée à l'aéroport. A Lausanne, où l'Association internationale des maires francophones tiendra son assemblée générale en marge du sommet, les agents municipaux seront également sollicités. Le commandant de la Police cantonale vaudoise, Jacques Antenen, pilotera les opérations.
Dispositif tenu secret
Montreux se transformera-t-elle en ville assiégée, comme Lausanne lors du G8 de 2003 à Evian? Les autorités refusent de donner la moindre indication tant sur le dispositif prévu que sur les risques qui justifient son ampleur. «Nous n'allons pas vous dévoiler, pour des raisons de sécurité, ce qui va se faire dans les détails», a averti Pascal Broulis. Les seules indications disponibles se trouvent dans le message du Conseil fédéral aux Chambres: «Le concept de sécurité que les autorités vaudoises entendent affiner prévoit un dispositif couvrant la région de Montreux-Vevey-Lausanne et les axes les reliant à l'aéroport de Genève, écrit le gouvernement. (...) Ce concept se veut axé sur la sûreté plutôt que sur un important dispositif sécuritaire ayant pour conséquence d'éloigner les délégués de la population locale».
Trois thèmes devraient être à l'ordre du jour du sommet. Outre la gouvernance mondiale, les chefs d'Etats parleront développement durable selon deux axes: la sécurité alimentaire et les changements climatiques. Enfin, ils s'entretiendront de la place de la langue française sur la scène internationale. Les pourparlers déboucheront sur une «Déclaration de Montreux».
Evénements publics
Du 17 au 24 octobre, la population pourra visiter un Village de la francophonie installé au centre de Montreux. Des expositions seront aussi proposées au château de Chilon. Avant cela, le chemin vers le XIIIe Sommet de la francophonie sera jalonné d'animations organisées en partenariat avec les festivals de l'été, les écoles vaudoises et les institutions académiques.
I Vendredi 28 mai 2010 I Michaël Rodriguez
haut de page
|